
Au moment de l’incendie, la flèche de Notre-Dame de Paris était en restauration. Un échafaudage extérieur autoportant de grandes dimensions était en cours de montage.
L’épée de Damoclès
Ce monstre d’acier a résisté à la chute de la flèche, mais certaines de ses pièces placées au plus près du brasier ont été déformées et soudées par les flammes. Va-t-il tenir le choc plus longtemps ? Les risques qu’il fait peser sur toute la cathédrale sont innombrables : s’il venait à s’effondrer, il emporterait avec lui toute la croisée, qu’il enserre dans ses griffes de métal.
La cathédrale ne peut donc être sécurisée tant que l’échafaudage sinistré la surplombe. Son démontage est une priorité pour les compagnons, mais il doit être préparé avec minutie et beaucoup de prudence.
Consolider pour démonter
Avant de commencer la dépose, il faut renforcer la structure, de peur qu’elle ne soit déstabilisée durant le démontage. Des poutrelles métalliques viennent ceinturer le quadrilatère sur trois niveaux successifs pour consolider l’échafaudage et rendre solidaires ses quatre angles. Un autre échafaudage est construit de part et d’autre. Il offre des points d’appui solides pour démonter par le dessus l’ouvrage incendié.
40 000 tubes
Interrompu par le premier confinement en mars 2020, le chantier de Notre-Dame est l’un des premiers de France à reprendre. Le démontage de l’échafaudage sinistré peut donc commencer au mois de juin 2020. A plus de 40 m de haut, la tâche est colossale : 40 000 pièces sont à déposer, ce qui représente 200 tonnes d’acier, dont 75 pendent dans le vide, entremêlées à des restes de charpente et de ferronneries.
C’est cet amas qui est démonté en premier, grâce à la collaboration des échafaudeurs, des cordistes, des grutiers et des nacellistes. Sous la direction des premiers, les cordistes, harnachés aux poutrelles supérieures, descendent au cœur de l’échafaudage pour découper les tubes fondus les uns sur les autres à l’aide de scies-sabres. Les cordistes attachent les éléments métalliques à découper à l'aide de cordes à leur propre baudrier, ainsi lorsque le tube est découpé il peut être déposé dans un container retenu par la grue. Ces morceaux sont évacués grâce à la grande grue à tour.
Depuis les nacelles, les échafaudeurs peuvent ensuite désassembler une à une les pièces qui composaient l’échafaudage. Ils procèdent de bas en haut, et de l’intérieur de la structure vers l’extérieur, car il faut égaliser au fur et à mesure pour ne pas déstabiliser l’ouvrage. La nuit venue, les cordistes reprennent le relai pour évacuer les vestiges de la charpente tombés sur les voûtes.
La dernière phase est aussi délicate : il faut désolidariser les quatre pieds de l’ouvrage. Deux équipes d’échafaudeurs se relaient en 2x8, de 6h à 23h, afin de tirer parti au mieux des conditions météo favorables.
Le 24 novembre 2020, après un an et demi d’inquiétude, l’échafaudage sinistré, témoin le plus visible de l’incendie, est entièrement démonté, et les risques qu’ils faisaient peser sur la cathédrale définitivement écartés. L’achèvement de cette opération permet que soit désormais entreprise la sécurisation de la croisée du transept.
Visuel principal ©Patrick Zachmann – Magnum Photos / RNDP
La dépose de l'échafaudage sinistré







