
Des statues dessinées par Viollet-le-Duc
Elles représentent les douze Apôtres et les symboles ailés des quatre Évangélistes (le tétramorphe : le lion, le taureau, l’homme et l’aigle). Positionnées aux quatre angles de la croisée du transept, comme si elles descendaient de la flèche, elles ont été imaginées par Viollet-le-Duc en 1858, et réalisées par les ateliers Monduit sur des modelages du sculpteur Adolphe-Victor Geoffroy-Decheaume.
Chaque statue est composée de feuilles de cuivre martelées et soudées entre elles. Leur maintien est assuré par une ossature en fer fichée sur un mat assurant la liaison avec l’édifice. Les douze plus grandes mesurent près de 3,4 mètres et pèsent près de 140 kg, les quatre autres près de 2 mètres pour 65 kg.
Avec le temps, de nombreuses altérations mécaniques du métal s’étaient révélées (fissures, impacts, déformations, dislocation des assemblages, défauts de fixation), conduisant la Direction régionale des Affaires culturelles d’Ile-de-France (DRAC) à engager dès 2017 un chantier de restauration de la flèche, incluant les statues, sous la maitrise d’œuvre de l'architecte en chef des Monuments historiques Philippe Villeneuve.
C’est en prévision de cette restauration que les statues ont été déposées de la flèche le 11 avril 2019, soit quelques jours avant l’incendie qui allait la ravager, leur permettant ainsi de subsister : ce sont donc des originaux que les Parisiens admirent aujourd’hui dans le ciel de la capitale !
La restauration en atelier (2019-2021)
Les Apôtres et les Évangélistes ont été restaurés, conformément au programme prévu avant l’incendie, dans un atelier en Dordogne et selon un protocole précis. Séparée des feuilles de cuivre désassemblées, l’armature est d’abord révisée et ses parties altérées remplacées à l’identique pour épouser la forme de la statue dans les moindres détails. C’est le travail du serrurier d’art.
Aux points de jonction avec les plaques de cuivre, ces éléments sont également recouverts de téflon pour empêcher les échanges chimiques et écarter tout risque d’électrolyse.
Le dinandier, de son côté, décape les feuilles de cuivre martelées par microgommage, ce qui les débarrasse du vert de gris, signe d’oxydation, qui les recouvrait. Le métal ainsi mis à nu, il reprend les déformations éventuelles en martelant la plaque et bouche les trous par des rustines. Les feuilles de cuivre sont ensuite de nouveau soudées très précisément entre elles et à l’armature.
Le patineur, en l’occurrence une patineuse, entre ensuite en scène. Leur restauration est l’occasion de redécouvrir la teinte d’origine des statues, une belle patine brun-chocolat, la couleur du bronze, ce dont rendent compte les photos anciennes de la flèche. La patineuse applique sur le cuivre une première couche de sodium puis une deuxième couche de barège, un mélange à base de souffre, appliqué au pinceau à froid. Il oxyde le métal de manière brève : c’est ce premier stade d’oxydation qui donne au métal, rosé à l’état brut, l’aspect du bronze. Ce processus est interrompu à temps en appliquant sur la statue une fine couche de cire, chauffée au chalumeau. C’est une étape compliquée, car il ne faut pas faire fondre les soudures à l’étain qui relient les plaques entre elles !
Une fois leur restauration terminée, en juin 2021, les seize statues ont gagné dans un premier temps la Cité de l’architecture et du patrimoine, où elles sont exposées jusqu’en avril 2025.
La repose des statues (2025)
Au printemps 2025, c’est dans le cadre de l’achèvement des travaux de couverture de la nouvelle flèche que les statues regagnent définitivement Notre-Dame. D’avril à juin, elles sont préparées au sein de la base-vie du chantier pour être reposées sur la flèche.
Entre le 23 juin et le 24 juillet, elles retrouvent une à une leur place définitive à la base de la flèche après avoir été bénies par l'archevêque de Paris. La statue de saint Paul est la première à prendre son envol. Enfin, le 24 juillet, c'est celle de saint Thomas, patron des architectes ici représenté sous les traits de Viollet-le-Duc, qui est la dernière à être reposée. Représenté ainsi sur la seule statue tournée vers la flèche, son créateur peut chaque jour l'admirer.
C’est avec ce dernier salut que la restauration de la flèche s’est terminée. Au gré du démontage de l'échafaudage à la fin de l'été 2025, la flèche et ses 16 statues se dévoilent enfin dans le ciel de Paris.
Visuel principal : David Bordes © Rebâtir Notre-Dame de Paris








