
Détruites dans l’incendie du 15 avril 2019, les charpentes en chênes et les couvertures en plomb de la nef, du chœur, du transept et de la nef de Notre-Dame de Paris sont restituées à l’identique. C’est peut-être l’opération la plus emblématique du chantier, puisqu’elle rend visible à l’extérieur la renaissance de toute la cathédrale.
Il s’agit en fait de deux opérations distinctes :
- La reconstruction de la flèche et du grand comble du transept, élevés de 1859 à 1864 par l’architecte Viollet-le-Duc
- La reconstruction du grand comble de la nef et du chœur, dont les charpentes dataient du début du XIIIe siècle.
La reconstruction de la flèche et du transept
Après des fouilles préventives menés à la croisée du transept par l’Institut national de recherches et d’archéologie préventives (Inrap) à la demande du Service régional d’archéologie (DRAC-SRA), un échafaudage est installé à l’automne 2022 à l’aplomb de la future flèche. Parvenu à la naissance des voûtes, à 26 m de hauteur, des charpentiers montent quatre demi-cintres en bois destinés à reconstruire les arcs de la voûte.
Une fois ceux-ci construits, l’échafaudage est réhaussé au fur et à mesure de la construction de la charpente de la flèche, jusqu’à atteindre une centaine de mètres de hauteur.
Pour ce faire, les charpentiers se chargent d’identifier, de calculer et de mettre en œuvre les assemblages adaptés à la structure de la flèche et prenant en compte les bois collectés.
Ensuite, le travail en atelier de charpente se déroule selon les étapes suivantes : à partir de notes de calcul fournies par les ingénieurs, les charpentiers établissent les plans des pièces de charpentes. Cela permet au charpentier de réaliser le tracé de l’épure, soit le dessin au sol à l’échelle 1 des faces de la flèche. Cette étape du tracé est un savoir-faire très ancien, qui a été classé au patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2009, sous l’intitulé « tradition du tracé dans la charpente française » : sur des plaques de bois agglomérées recouvrant le sol, les traits de crayons préfigurent à l’échelle 1 les pièces de charpente qui constitueront la flèche de la cathédrale. Parallèlement les débits de chêne sont taillés pour adapter leurs dimensions aux pièces de charpentes. Cette étape s’appelle le lignage.
Les pièces de charpentes sont ensuite présentées sur l’épure et orientées dans leur emplacement final pour déterminer les coupes d’assemblage. Les charpentiers sont alors attentifs à la composition de la pièce de bois et à sa position pour avoir le meilleur rendu structurel et esthétique. Cette étape est déterminante car c’est elle qui arrête la place de chaque pièce dans la structure d’ensemble. Enfin, les charpentiers peuvent tailler chacune des pièces selon les marquages de l’étape précédente.
Un montage à blanc est alors réalisé en atelier afin de s’assurer que les tailles ont été bien faites et que les emboitements des pièces sont compatibles. Cela permet d’anticiper toutes les adaptations qui seraient susceptibles d’apparaitre lors du montage final sur les hauteurs de la cathédrale.
Ces étapes sont réalisées simultanément par les différentes équipes du groupement d’entreprises et d’ateliers constitué pour la reconstruction de la flèche afin de pouvoir avancer le plus efficacement possible. Les premiers éléments de charpente qui constituent le tabouret de la flèche, c’est-à-dire son socle reposant sur les murs aux angles de la croisée, sont livrés à Notre-Dame au cours du printemps 2023.
Si le tabouret et la souche de la flèche sont masqués au regard par les autres charpentes et le grand comble de la cathédrale, les niveaux ajourés et l’aiguille pointent à l’air libre. Pour les protéger, ils sont recouverts conformément à la flèche disparue dans l’incendie de feuilles de plomb, et ornés d’un décor animal et végétal en plomb martelé ou moulé, avant d’être surmontés d’une croix ouvragée et d’un coq.
Une fois la flèche érigée, son échafaudage est démonté. La voûte de la croisée est alors achevée définitivement, ce qui permet au diocèse de Paris de finaliser l’installation du mobilier liturgique, en vue de la réouverture de Notre-Dame.
Enfin, les 16 statues de cuivres, formant un collège d’Apôtres et d’Evangélistes, rescapées de l’incendie parce qu’elles avaient été envoyées en restauration juste auparavant, et qui ont retrouvé leur aspect d’origine, sont de nouveau installées à la base de la flèche sur les noues dépassant de la souche.
La reconstruction des charpentes et des couvertures
En même temps que sont élevées la flèche et les charpentes du transept, les charpentiers en charge des charpentes de la nef et du chœur ont commencé d’accompagner les forestiers pour sélectionner les chênes nécessaires.
Les premières grumes sont arrivées en atelier et ont commencé à être équarries : les charpentiers retirent la matière pour obtenir une poutre utilisable correspondant au cœur du bois. Pour respecter les méthodes en vigueur au début du XIIIe siècle, lorsque cette partie des charpentes a été construite, l’équarrissage est fini à la doloire, une hache de charpente : cela permet de respecter les fibres du bois.
La charpente médiévale repose sur un système de « chevrons-formant-ferme ». Une ferme est une structure triangulaire portante. Ce système signifie que des fermes principales et de forme complexes alternent dans la charpente avec des chevrons plus simple. Chacune des fermes est différente : pour les tailler et les assembler, les étapes sont les mêmes que pour la construction de la flèche, de l’épure à l’acheminement sur le chantier.
Une fois les fermes relevées, elles sont recouvertes de table de plomb coulés sur sable, protégeant la cathédrale des intempéries, puis surmontées d’une crète de faitage en plomb sur une armature de fer.
Menés en parallèle, ces deux chantiers se tiennent dans les hauteurs de la cathédrale, dans le ciel parisien. Ils sont les symboles visibles de la renaissance du monument tout entier au fil du chantier de restauration grâce à la mobilisation de tous les compagnons venus à son chevet pendant cinq années.
Visuel principal ©David Bordes / RNDP
Première étape de la reconstruction de la flèche



