Restauration des tours et des cloches

Juin 2023 - Septembre 2025

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Les tours nord et sud et les beffrois
Chacune de deux tours contient, dans sa partie supérieure, une structure de charpente de près de 20 mètres de haut, indépendante de la maçonnerie et construite spécifiquement pour supporter le poids des cloches et absorber leurs vibrations. On les appelle des beffrois.

 

Celui de la tour nord, a été, dans certaines de ses parties, profondément atteint par les flammes vaincues juste à temps grâce à l’héroïsme des sapeurs-pompiers de Paris dans la nuit de l’incendie. Pour procéder à la restauration de ce beffroi en chêne, il faut d’abord le soulager du poids de ses huit cloches en les descendant en vue de leur restauration, à l’été 2023.

 

Les charpentiers peuvent alors remplacer les bois fragilisés et en partie calcinés. Un premier exploit de taille a jalonné ce travail : le soulèvement par vérin de l’ensemble du beffroi nord, nécessaire pour remplacer certaines parties des poutres d’assise, appelées sablières, sur lesquelles il s’appuie. Ces dernières sont toutes remplacées par du bois sain, tandis que les autres poutres calcinées ou endommagées reçoivent aussi des greffes de bois, reliées à la poutre ancienne par des entures, ou assemblages de bout, dont certaines sont reconnaissables à leur forme en Z : on les appelle le « trait de Jupiter ». Les greffes reçoivent ensuite une patine au brou de noix, permettant de les harmoniser avec l’ensemble du beffroi, mais ne masquant pas l’ampleur du travail réalisé par les charpentiers. Les cloches reprennent leur place dans le beffroi nord restauré en septembre 2024.

 

La tour sud, quant à elle, n’a pas été touchée par l’incendie, mais a révélé le besoin de différents travaux de restauration qui ont pu être menés à bien en tirant parti de l’environnement de chantier disponible dans le massif occidental. Menés au premier semestre 2025, ces travaux comprennent principalement la restauration de la base du beffroi en bois, sur le même principe que dans la tour nord, mais aussi la réfection à neuf de la couverture de la tour, la restauration des abat-son et la remise à neuf de leur étanchéité.

 

 

Les huit cloches de la tour nord
Huit cloches ont été installées dans le beffroi nord en 2013 dans le but de retrouver la splendeur de la sonnerie d’Ancien Régime de la cathédrale et pour sonner les différentes heures de la journée. Si ces cloches, de très grandes dimensions, puisque la plus lourde pèse plus de 4 tonnes, ont été sauvées, elles ont subi la chaleur de l’incendie et devaient être vérifiées. Elles ont donc été envoyées dans une fonderie située à Villedieu-les-Poêles, en Normandie, où elles avaient été créées. Toutes y ont été nettoyées et deux d’entre elles, les plus exposées à la chaleur de l’incendie, ont fait l’objet d’une restauration par traitement thermique en Autriche pour garantir leur pérennité et retrouver toutes leurs caractéristiques acoustiques.

 

Avec elles ont été remises en état toutes leurs parties mécaniques : jougs, brides, paliers, roues de volées… ainsi que les programmes de pilotage des sonneries.

 

Le 12 septembre 2024, les huit cloches ont fait leur retour dans la cathédrale. Bénies par le recteur-archiprêtre, elles ont été treuillées par les campanistes jusque dans la chambre des cloches en passant par les trappes situées dans les voûtes et planchers intermédiaires, avec très peu de marge : une opération spectaculaire !

 

 

Les deux bourdons de la tour sud
On appelle « bourdon » une cloche de grande dimension. Notre-Dame en compte deux : le gros bourdon Emmanuel (13,3 tonnes), daté de 1686, et le bourdon Marie (6,2 tonnes) placé dans la tour sud aux côtés d’Emmanuel en 2013 à l'occasion du 850ème anniversaire de la cathédrale, à environ 60 m de hauteur. 


Les bourdons ne nécessitaient pas de restauration, mais ils ont été dotés de nouveaux jougs, d’imposantes pièces en bois de chêne massif permettant aux cloches d’être mis en mouvement pour sonner à la volée. La dimension des jougs – hauteur de près de 1,30 mètre, longueur de 3,30 mètres pour une section de près de 50 cm sur 50 cm pour le joug du bourdon Emmanuel, hauteur de près de 1 mètre, longueur de 3,20 mètres pour une section de près de 38 cm sur 44 cm pour le joug du bourdon Marie – est adaptée au poids des cloches qu’ils ont à supporter.


La conception des deux jougs a nécessité environ 70 heures d’études (plans d’exécution, notes de calcul) et près de 500 heures de fabrication en atelier à Strasbourg (Bas-Rhin), par une équipe de 9 d’artisans campanaires maîtrisant à la fois la charpente, la serrurerie et la mécanique.
Après un montage à blanc en atelier en juin 2025, les jougs, entièrement démontés et acheminés jusqu’à la cathédrale, ont été remontés pièce par pièce à leur emplacement définitif, dans la tour sud, où ils ont retrouvé les bourdons, déposés entre temps sur des poutrelles mécaniques. Dès le 17 juillet 2025, ils peuvent retentir à la volée au côté des cloches de la tour nord.

 

 

La préparation du parcours de visite
Ces restaurations auront accompagné les travaux engagés par ailleurs pour rouvrir un circuit de visite des tours de la cathédrale repensé et notablement amélioré. Celui-ci donne une vision nouvelle des espaces spectaculaires du massif occidental : il permet d’apercevoir la charpente restituée de la nef de Notre-Dame, tout en offrant pour la première fois une vision complète du beffroi sud.


Les travaux permettant l’ouverture des tours s’achèvent en 2025. Ils révolutionnent la perception des parties hautes de l’édifice et sécurisent les circulations. Afin de répondre à ces exigences, plusieurs escaliers en chêne massif ont été créés parmi lesquels un spectaculaire escalier à double-révolution dessiné par l’architecte en chef des monuments historiques Philippe Villeneuve. Permettant une double circulation ascendante et descendante aboutissant directement au beffroi supportant les deux bourdons, il est avec ses 21 mètres de haut et ses 178 marches le plus grand escalier à double révolution en bois au monde. D'un poids de 20 tonnes, il a nécessité le travail de quinze charpentiers et trois menuisiers pour réaliser et assembler les 1 200 pièces de chêne qui le constituent. 

Deux autres escaliers simples, l’un dans la tour sud, l’autre dans la tour nord, contribuent à améliorer le confort de visite et sécurisent les accès de secours. Ces dispositifs font partie des aménagements que l’établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris, maître d’ouvrage, a programmé afin d’élever le circuit de visite du massif occidental aux niveaux de sécurité et de confort requis par les standards d’aujourd’hui.


Le circuit de visite est aussi désormais élargi à l’espace qu’on appelle « cour des citernes », où de grands récupérateurs d’eau pluviale existaient au XVIIIe siècle, situé au-dessus de la première travée de la nef, entre les tours. On y chemine désormais, en accédant, depuis la porte laissée ouverte, à une vue sur la « forêt », c’est-à-dire le chef-d’œuvre que constitue la charpente retrouvée de la cathédrale.


Ainsi en septembre 2025, le Centre des monuments nationaux, qui pour sa part a conçu la scénographie équipant ce nouveau parcours pour accompagner les visiteurs, peut rouvrir les tours au public.
 

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